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THE UGE ARMY OF DWARF - Chapitre 1 - Par une belle journée

Par une belle journée …

Le soleil venait à peine de franchir la ligne des montagnes. Ses premiers rayons glissèrent sur le lac, traversèrent les vitres du chalet et vinrent se poser sur le visage de Gunnar. Le vieux nain ouvrit un œil, puis l’autre. Il resta un instant immobile, à l’écoute de son corps. Son épaule droite tirait, son genou gauche grinçait et une douleur familière lui mordait les reins. Il sourit. Son instructeur, à l’école des recrues, répétait toujours : « Si, à cinq cents ans, tu te réveilles sans avoir mal quelque part, ne te lève surtout pas. C’est que tu es mort. » Gunnar laissa échapper un rire rauque, s’assit au bord du lit et posa sa jambe de métal sur le plancher. Le chalet craqua doucement autour de lui. Dehors, l’eau du lac était si calme qu’elle semblait retenir son souffle.

Dans la salle de bain, le miroir lui renvoya le visage d’un nain que le temps n’avait pas épargné. Sa barbe blanche descendait en masse épaisse sur sa poitrine ; ses cheveux, tout aussi blancs, étaient tirés en une longue queue de cheval. Les rides qui entouraient ses yeux auraient pu raconter à elles seules plusieurs siècles de campagnes, de victoires et d’enterrements.

Il prit ses ciseaux, égalisa sa barbe de quelques coups précis et contempla le résultat.

— Suffisant. Je ne vais pas à un mariage.

Il termina de s’habiller, ajusta sa ceinture et y glissa son poignard. Ver Blanc trouva naturellement sa place contre sa hanche. C’était une lame de type Bowie, large et légèrement, forgée dans un acier damassé aux reflets sombres. Sa garde représentait le corps d’un ver de Tulsa, figé dans une matière semblable à de l’ivoire. L’arme n’avait rien d’un bijou. Elle portait les traces des années et des combats, mais Gunnar ne l’aurait échangée contre aucun trésor de la Confédération. Il avait failli mourir pour elle bien avant qu’elle devienne une lame.

La grange était encore plongée dans la pénombre lorsqu’il en poussa la porte. Une forte odeur de paille, de cuir et d’animal lui emplit les narines. Au fond de l’enclos, Couenne releva brusquement la tête. Le vieux sanglier s’ébroua, fit claquer ses défenses puis se mit à sautiller avec une joie presque indigne de son âge et de son poids.

— Doucement, espèce de tonneau sur pattes.

Couenne accourut tout de même et donna un coup de groin affectueux contre la cuisse de Gunnar. Pour les autres, il n’était qu’une monture de guerre à la robe sombre, bardée de cicatrices et équipée d’un traducteur neural. Pour Gunnar, il était bien davantage : un compagnon, un confident et, depuis si longtemps qu’il ne comptait plus les années, un ami. Gunnar prit la selle, la posa sur son dos et resserra les sangles.

— Traducteur, mise en route.

Un léger grésillement retentit dans le collier métallique de Couenne. Une diode verte s’alluma près de son oreille.

— Groïk ! Enfin ! Tu prends toujours trop de temps. J’ai faim. J’avais faim avant que tu arrives. J’aurai encore faim quand nous partirons.

— Bonjour à toi aussi.

— Bonjour. J’ai faim.

— Nous allons faire une sortie. Je veux rejoindre les pâturages de l’est, là où poussent les fraisiers sauvages. Aujourd’hui est un jour particulier.

Gunnar posa la main sur le pommeau de la selle. Son regard s’arrêta sur le dos de sa main. La peau lui parut soudain plus fine, plus froissée qu’à l’ordinaire. Il tourna lentement les doigts, comme s’ils appartenaient à quelqu’un d’autre. Cette main lui rappela celle de son père, la dernière fois qu’il l’avait vu à l’hôpital. À huit cent quatre-vingt-dix-neuf ans, le vieil homme avait fait une mauvaise chute. Rien de spectaculaire : quelques os brisés, des douleurs, beaucoup de fatigue. Son moral était resté bon. Deux jours après la visite de Gunnar, il avait simplement annoncé à l’infirmière qu’il souhaitait dormir un peu. Il ne s’était jamais réveillé. Il avait rejoint sa femme auprès du Grand Forgeron, sans bruit, comme s’il quittait une pièce devenue trop froide. Gunnar referma les doigts sur la selle.

Le collier de Couenne émit un petit clic.

— Groïk… Je sais ! C’est ton anniversaire. Tu me l’as déjà dit. Attends, je cherche… huit cent… huit cent soixante…

Le sanglier plissa les yeux avec un effort comique.

— Huit cent soixante-cinq ans ! Je suis bon, hein ? Dis que je suis bon.

Le souvenir se dissipa. Gunnar leva un sourcil.

— Tu es surtout incapable de te rappeler où tu as caché les pommes hier soir.

— Je ne les ai pas cachées. Je les ai mises en sécurité dans mon ventre.

Gunnar éclata de rire. Il plaça sa jambe de métal dans l’étrier, se hissa sur la selle et testa son assise. Puis il prit doucement les rênes.

— En route, gardien des pommes.

Couenne se mit à trottiner hors de la grange. Le sentier longeait d’abord le lac. Les rayons du matin se reflétaient sur sa surface limpide et formaient des éclats d’or entre les roseaux. Derrière eux, le chalet de Gunnar diminua peu à peu, adossé à la forêt comme s’il y avait toujours été. Ils s’engagèrent sous les sapins. La température chuta aussitôt. L’air sentait la résine fraîche, la terre humide et les aiguilles écrasées. Des rais de lumière perçaient les branches et découpaient des colonnes pâles dans la brume matinale.

Gunnar inspira profondément. Une belle journée. Peut-être même une journée parfaite.

— Dis, Gunnar… raconte-moi encore l’histoire de Ver Blanc.

— Encore ?

— Tu la racontes bien.

— Tu la connais par cœur.

— Oui. Mais toi, tu changes des morceaux. La dernière fois, il y avait trois explosions.

— Il n’y en a eu que deux.

— Trois, c’est mieux.

Gunnar secoua la tête.

— Très bien. Mais nous éviterons « Il était une fois ».

— Pourquoi ?

— Parce que rien de ce qui commence à Tulsa ne mérite « Il était une fois ».

Le ton de Gunnar avait changé. Couenne le sentit et ralentit légèrement.

— Tulsa renfermait des minerais d’une importance capitale. Lorsque les sondes de la famille Taille-Pierre atteignirent la planète, tous les voyants s’allumèrent. C’était le gros lot. Des gisements immenses, presque à ciel ouvert. On envoya une colonie de mineurs, des ingénieurs, leurs familles et tout ce qu’il fallait pour bâtir une cité.

Il marqua une pause tandis que Couenne enjambait une racine.

— Pendant sept ans, la colonie prospéra. Les cargos repartaient chargés de minerai. Le seul problème était l’eau : elle était rare et impropre à la culture. Il fallait donc acheminer continuellement de la nourriture et des réserves depuis les mondes voisins.

— Et la huitième année, il a plu, souffla Couenne.

— Oui. Un orage planétaire. Des pluies diluviennes, comme si le ciel voulait noyer Tulsa. Le cargo de ravitaillement eut toutes les peines du monde à se poser. Quand son équipage ouvrit les portes… l’horreur avait déjà commencé.

La forêt autour d’eux semblait plus silencieuse.

— Les vers dormaient sous terre pendant huit ans. La pluie les réveillait. Ils remontaient par milliers, s’introduisaient dans les êtres vivants et y déposaient leurs larves. Puis ils retournaient sous terre pendant que leur progéniture grandissait dans les corps.

Couenne secoua violemment la tête.

— Je n’aime pas cette partie.

— Personne ne l’aime.

Gunnar posa la main sur le manche de Ver Blanc.

— Je faisais partie de l’escouade envoyée pour évacuer les colons. Nous avons perdu soixante pour cent de nos hommes. Sur plusieurs milliers de nains, nous n’en avons sauvé qu’une dizaine.

Il ne précisa pas combien de cris il entendait encore certaines nuits. Ni combien de portes ils avaient dû refermer sur des gens qu’ils ne pouvaient plus aider.

— Les scientifiques avaient capturé quelques spécimens. Celui-ci m’a mordu à la main pendant le repli. Je l’ai arraché et enfermé dans une boîte de ration. À notre retour, il était mort. Peut-être à cause du voyage, peut-être parce que ces créatures ne vivaient que quelques semaines hors de leur cycle. Son corps s’était durci jusqu’à devenir semblable à de l’ivoire.

— Alors tu as fait forger Ver Blanc.

— En mémoire de ceux qui ne sont pas revenus.

Gunnar caressa du pouce la garde du poignard.

— Ce n’est pas un trophée. C’est un rappel. Nous ne sommes presque rien dans cet univers, Couenne. Tout peut s’arrêter en un instant, même pour ceux qui se croient invincibles. Le sanglier resta silencieux quelques secondes, ce qui, venant de lui, constituait déjà une forme de méditation.

— Mais toi, tu es le Grand Élu. Le héros de Tchaka-Laka. Sans toi, la guerre des Mille Sangs aurait été perdue. Tu n’as peur de rien. Tu es un grand nain.

Gunnar ricana.

— Un grand nain ? Tu ne trouves pas cela étrange ?

Couenne réfléchit.

— Un peu. Mais « nain moyen » fait moins héros.

— Épargne-moi surtout ce titre d’Élu. Ce n’est pas une récompense. C’est une malédiction qui m’empêche de dormir.

Son sourire s’effaça.

— Quant aux héros, les vrais sont restés étendus sur les champs de bataille. Moi, j’étais seulement parmi les chanceux qui ont réussi à rentrer.

Ils progressèrent encore un moment avant que Couenne ne reprenne :

— Alors, c’est quoi, un nain ?

Gunnar leva les yeux vers les cimes.

— Un être de petite taille qui peut vivre près de mille ans et qui, malgré cela, trouve toujours le moyen de perdre son temps. Un nain reste souvent avec les siens, parce que s’il s’attache aux races qui vivent moins longtemps, il les regarde vieillir, disparaître… et lui demeure.

Il songea à des visages depuis longtemps effacés.

— Nous sommes rancuniers, têtus, parfois courageux. Beaucoup aiment la richesse et le pouvoir au point d’en devenir cupides. Nous avons quatre divinités. Le Grand Forgeron nous façonne sur son enclume. Son épouse, la Mère de la Vie, nous élève et nous guide. Leur fils, le Destin, peut te caresser d’une main et te faire tomber de l’autre, simplement parce que cela l’amuse.

— Et la quatrième ?

— La Mort. Elle finit toujours par venir nous chercher. On prétend qu’elle est si belle que, lorsqu’elle t’appelle, tu la suis sans résistance.

— Tu y crois ?

Gunnar haussa les épaules.

— Je crois surtout que les vivants racontent beaucoup de choses sur ce qu’ils ne connaissent pas.

La forêt s’ouvrit brusquement sur une vaste clairière. Les herbes hautes ondulaient sous une légère brise et formaient des vagues vertes jusqu’à l’orée opposée. Gunnar laissa son regard se perdre dans ce mouvement. Pendant une seconde, ce ne fut plus une prairie mais l’océan d’une planète lointaine, puis les drapeaux d’une armée disparue, puis les cheveux d’une femme qu’il n’avait pas revue depuis trop longtemps.

Il chassa ces images.

— Ne deviens pas nostalgique, vieux bouc, murmura-t-il. C’est mauvais pour les articulations.

Il talonna doucement Couenne.

— Allez ! Montre-moi que tu n’es pas seulement un estomac sur quatre pattes.

— Groïk ! Insulte !

Le sanglier partit au galop. L’herbe fouettait ses flancs, le vent tirait sur la barbe de Gunnar et, durant quelques instants, ses huit cent soixante-cinq ans cessèrent de peser. Ils approchaient de la forêt suivante lorsque Couenne ralentit brutalement. Son groin se leva. Il huma l’air une fois, puis une seconde. Ses oreilles se rabattirent contre son crâne. Gunnar sentit aussitôt la tension parcourir le dos de l’animal.

— Qu’y a-t-il ?

— Quelque chose ne va pas. Ça sent le poisson… non, quelque chose de pourri. Je n’aime pas. J’ai peur.

Le sourire de Gunnar disparut. Il se redressa sur la selle et écouta. Plus aucun oiseau ne chantait. Il n’entendait que le vent dans la cime des arbres et le souffle nerveux de Couenne. Même les insectes semblaient s’être tus. Un éclat brilla sur sa gauche. Une fraction de seconde. Gunnar se jeta de côté. Pas assez vite. Un disque de guerre fendit l’air et lui laboura les côtes. La douleur jaillit comme une langue de feu. Son mouvement l’emporta hors de la selle. Il heurta le sol, roula dans les herbes et resta un instant sans respirer. Sa main se porta à son flanc. Lorsqu’il la retira, ses doigts étaient rouges.

— Pas beau, souffla-t-il.

Il palpa rapidement la blessure. Il sentait presque l’os sous la chair ouverte, mais le sang ne giclait pas. Aucune artère majeure n’avait été touchée. À quelques mètres de lui, le disque s’était planté dans la terre. Sa forme dentelée et les symboles gravés sur le métal ne laissaient aucun doute. Une arme gobeline. Une arme de guerre. Mais il n’y avait aucune guerre ici. Pas aujourd’hui. Gunnar resta couché sur le côté et tira lentement Ver Blanc de sa ceinture. Il rabattit son bras contre son ventre pour dissimuler la lame. Des pas approchaient dans les herbes. Légers. Hésitants. Deux silhouettes. Très jeunes.

— Gunnar, ne bouge pas ! gronda Couenne dans le traducteur. Ils arrivent. Je vais charger. Je vais les écraser, les éventrer avec mes défenses. Pas mourir, ami. Pas mourir.

— File, Couenne.

— Non.

— Tu risques de finir en ragoût. Ils n’en veulent qu’à moi.

— Ami pas abandonner. Mourir tous les deux, mieux.

Gunnar serra les dents. La douleur remontait jusque dans son épaule.

— Je ne peux pas nous défendre tous les deux. Et ces deux charmants gobelins veulent pouvoir raconter qu’ils ont tué l’Élu. Pas son sanglier. Va-t’en. C’est un ordre.

Couenne resta figé.

— Va !

Le sanglier poussa un grognement déchirant, puis détala vers l’orée. Il disparut entre les arbres, mais ne s’éloigna pas. Caché dans la pénombre, il resta à observer son ami, les yeux humides et les défenses tremblantes de colère.

Les deux gobelins avancèrent en maintenant cinq mètres entre eux, comme on le leur avait appris. Le premier, Zabat, portait une lame trop lourde pour ses bras maigres. Le second, Snikrot, tenait un pistolet à deux mains et balayait la clairière du regard. Ils avaient attendu ce jour toute leur enfance. Le nouveau roi avait fait de la traque de Gunnar un rite de passage pour les fils des grandes lignées. Celui qui rapporterait la tête de l’assassin de Grathor le Tyran, tombé lors de la bataille des Cinq Lacs, gagnerait gloire, richesse et place auprès du trône. D’autres avaient essayé.Aucun n’était revenu.

Zabat regarda le vieux nain étendu dans l’herbe et un sourire nerveux découvrit ses dents pointues.

— C’est lui ?

— Oui, répondit Snikrot. La barbe blanche. La jambe de métal. Le poignard d’ivoire.

— Il a l’air petit.

— C’est un nain.

— Je veux dire… encore plus petit que dans les histoires.

Snikrot resserra ses doigts sur la crosse de son arme.

— Ne t’approche pas trop vite. Il a peut-être fait exprès de tomber.

Zabat ricana, mais son regard resta fixé sur Gunnar.

— Tu as toujours été un lâche, Snikrot. Quand nous rentrerons avec sa tête, je dirai au roi que c’est moi qui ai porté le coup.

— Et moi, je dirai que tu tremblais.

— Je ne tremble pas.

— Alors avance.

Zabat inspira profondément et leva son arme. Chaque pas le rapprochait de la légende qui avait hanté les récits de son peuple. Gunnar ne bougea pas. Ses yeux étaient mi-clos. Du sang imbibait sa tunique. Le jeune gobelin retrouva un peu d’assurance.

— Grathor sera vengé, murmura-t-il.

Il se dressa au-dessus de Gunnar et leva sa lame à deux mains.

Le vieux nain ouvrit les yeux. Son bras partit. Ver Blanc s’enfonça entre les jambes de Zabat et trancha l’artère fémorale. Le gobelin poussa un couinement aigu. Son arme resta suspendue au-dessus de sa tête tandis que son visage passait de la fierté à l’incompréhension. Puis ses jambes cédèrent. Il s’effondra comme une masse.

— Zabat !

Snikrot tira.

La première balle frappa Gunnar au ventre avec la violence d’un coup de marteau. La seconde le projeta sur le dos. Ver Blanc glissa de ses doigts. Le ciel tourna au-dessus de lui. Il tenta de respirer, mais une douleur brûlante lui déchirait les entrailles. Le sang chaud se répandait sous sa tunique et s’enfonçait dans la terre. Cette fois, il comprit. Il n’y aurait pas d’autre anniversaire. Après huit cent soixante-cinq années, des guerres, des monstres, des mondes en flammes et des ennemis innombrables, Gunnar allait mourir dans une prairie, loin de tout, abattu par un adolescent gobelin en quête de vengeance.

— Voilà qui manque singulièrement de grandeur, pensa-t-il.

Un grondement éclata au-dessus de la clairière.

La foudre ?

Gunnar fixa le ciel. Aucun nuage.

— En plus, je vais mourir sous la pluie… Pas de chance.

Il entendit derrière lui le bruit d’un corps qui s’effondre dans les herbes hautes. Il se concentra sur sa respiration, comme on le lui avait appris des siècles plus tôt. Inspirer. Retenir. Expirer. La douleur ne disparaissait pas, mais elle cessait de commander. Il ne parvenait plus à distinguer les formes. Quelqu’un courait. Des mains se glissèrent sous ses épaules et le redressèrent avec précaution. Gunnar voulut protester, mais aucun son ne sortit. Un visage de femme apparut au-dessus de lui. Elle lui souriait.

Dans le brouillard de la douleur, Gunnar crut d’abord reconnaître la Mort. Elle était donc bien aussi belle qu’on le prétendait. Il se détendit. Tout irait bien. Il retrouverait bientôt ses compagnons tombés, quelque part près de la Grande Forge. Ils lui reprocheraient son retard, lui serviraient une chope et riraient de la façon ridicule dont il avait fini.

— Accroche-toi, Gunnar !

La voix de la femme tremblait.

— Parle-moi. Reste éveillé. Reste… reste enfin avec moi.

Gunnar essaya de mieux voir son visage. Une mèche de cheveux frôla sa joue. Puis son parfum atteignit sa mémoire, doux et ancien, plus puissant que la douleur. Il connaissait ce parfum.

On lui avait dit qu’au moment de mourir, toute une vie défilait devant les yeux. Gunnar sentit les ténèbres se refermer autour de lui et se demanda par où commencer. De quoi allait-il lui parler ? De la première guerre ? De son père ? De Tulsa ? De la prophétie ? Non.

Puis le monde disparut.

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